samedi 13 juin 2009

Carpe Diem (enfin, presque)

Jeudi 11 juin.

A nouveau, l'équipe se sépare en trois groupes. Le premier (ou le second, c'est selon) s'est à nouveau déplacé hors de Montréal, pour rejoindre Sherbrooke, son université réputée dont et surtout son équipe de recherche chargée de l'implémentation du projet VADA (voir message précédent pour l'explication de l'acronyme).


Nous prenons un taxi depuis la gare des bus (en réalité, l'ancienne et typique gare ferroviaire) de la ville pour nous rendre à l'hôpital où sont installés les services universitaires. Cette intégration des chercheurs aux services publics nous semble très profitable. Étonnamment, les services de santé sont loin d'être les seuls concernés, d'autres disciplines étant concernées (le fonctionnement multidisciplinaire est la règle ici).

Après quelques démonstrations (notamment d'une recherche sur les capacités à conduire au-delà d'un certain âge - ou plutôt en fonction de capacités physiques, sensitives et cognitives), nous avons pris un rapide repas puis sommes rentrés dans le vif du sujet.

Ce fut l'occasion d'en apprendre davantage sur le processus méthodologique de VADA, tel que construit par l'équipe de Marie Beaulieu. Trois étapes principales: diagnostic de l'état des lieux, plan d'action, mise en oeuvre; importance de l'implication municipale dans le projet, de la priorisation des attentes sont les points fondamentaux de la démarche. Le processus des focus groups, qui interroge quatre groupes de personnes suivant leur âge et leur niveau socio-économique, en conservant une parité homme-femme dans chacun, trois groupes de membres d'associations du milieu, et un groupe de proches aidants, nous fut également décrit.

Le retour fut très agréable, malgré l'intervention ferme d'un autochtone pour remettre à leur place nos bavardes impénitentes, qui n'ont plus osé rien dire de tout le trajet (ce qui a accessoirement permis à l'ensemble du car de dormir)*

Laurent, Valérie, Myriam, Anne, Anita et Philippe.

* ceci est bien entendu une boutade, les deux susmentionnées créant au contraire un gazouillis bien agréable à l'oreille et participant surtout à la bonne humeur du groupe d'une manière telle qu'on se demande comment on aurait pu s'en passer (et ce n'est pas du second degré)


Pour le second groupe, rencontre inoubliable au programme, Nicole Poirier et sa petite unité de vie pour personnes désorientées : Carpe Diem. Nous sommes accueillis très chaleureusement par toute l'équipe, nous déposons nos sacs et vestes, et la rencontre commence. Une maison familiale, un aménagement discret et "comme chez soi", tout est fait pour éliminer le cadre hospitalier ou l'image institutionnelle. Le personnel est en civil, les bénévoles et les stagiaires se mêlent aux habitants et il nous est difficile de définir qui est qui ! Ce qui n'est d'ailleurs plus du tout nécessaire ! Ici, pas de barrière aux escaliers, pas de bavoirs ou de distribution généralisée des médicaments ... la prise de risques fait partie de la vie (de la maison). Une dame, épouse d'un ancien résident nous explique son bonheur d'avoir accompagné son mari pendant plus de 10 ans à Carpe Diem (durée rare mais qui s'explique peut-être par l'humanité présente au sein des lieux). Elle continue à venir donner un coup de main au sein de la maison. A Carpe Diem, la continuité des services n'est pas un vain mot : les membres du personnel vont à domicile, rencontrer les personnes âgées et leurs proches pour faciliter la mise en contact, renforcer la continuité et la familiarité mais également proposer des services tels que les courses.

Les personnes âgées peuvent venir en journée à la maison, participer à la vie quotidienne, et créer des liens avec les autres habitants. Parfois un séjour à plus long terme s'installe : on est loin des entrées institutionnelles en urgence, de la souffrance d'un "placement". Pas de forcing ! Ainsi, Nicole Poirier nous relate un exemple touchant : un couple dont le monsieur souffre de la maladie d'Alzheimer, était accompagné à domicile, le personnel proposait qu'il vienne habiter à Carpe Diem mais le monsieur n'était pas prêt. Au moment des vacances d'été, Nicole Poirier avait du personnel en moins et elle a expliqué à ce monsieur qu'elle avait besoin de son aide en raison de ce manque d'effectifs. Le monsieur a accepté de venir pour trois jours, avec son épouse, dans une chambre commune ! Et les trois jours durent depuis 18 mois ....

A l'heure actuelle, se dessine un projet pour prolonger au maximum la continuité de l'accompagnement par la création d'un lieu de fin de vie proche de Carpe Diem, avec la même équipe. C'est ce qui manquait au projet.

Par les anecdotes qu'elle évoquait, nous avons découvert que Nicole Poirier dispose de toute évidence de réelles capacités de gestion d'équipe. Elle même doit régulièrement ranimer auprès de tout un chacun les valeurs et le sens de leur travail. Son souhait le plus cher est que l'équipe de Carpe Diem soit tellement imprégné qu'elle puisse continuer sans sa présence et que ce type d'approche se diffuse à l'infini. Nous sommes prêts à prendre le relais de l'autre côté de l'Atlantique.

Valentine, Tania, Caroline et Thérèse.

Le troisième groupe est reçu par Jean-François AUBIN à la Maison de la Solidarité de Trois - Rivières, ancien établissement scolaire racheté par les associations.
Nous prenons rapidement un lunch au snack communautaire de ECOF-CEDEC composé d'un "sous-marin" accompagné d'une "Griffon".
Une fonctionnaire du Centre local d'emploi du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Christine, nous décrit le système d'aide sociale financière et les compétences en matière d'emploi de son service.
Le CLE de Trois-Rivières participe à un projet pilote depuis 2001, Place au Soleil, visant la réinsertion de jeunes mamans.
Marie-Josée, "femme-orchestre" de COMSEP-Emploi (Centre d'Organisation mauricien de services et d'éducation populaire www.comsep.qc.ca) nous fait découvrir par la visite des vastes locaux les projets mis en oeuvre.
Jean-François conclut la journée par la présentation de l'action de revitalisation de quartier menée par ECOF-CEDEC qui s'apparente au travail d'une agence de développement local mais qui va au-delà du seul volet économique. Jean-François est un habitué de la Belgique puisqu'il entretient des relations étroites avec Mission locale de Forest.
Nous avons terminé la journée dans un "cinq à sept" qui était loin d'être sec.

Bernard et Daniel

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire